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 LE ROLE DES ACTIVITES SPORTIVES DANS LE MILIEU CARCERAL ET DANS LA REINSERTION DES DETENUS

Samedi, 23 Octobre 2010 14:44 |



QUELQUES REFLEXIONS SUR  L’APPORT DE LA PRATIQUE ECHIQUEENNE DANS CETTE  ESPACE

chessseulLors des journées d’études organisées par la Direction Générale de l’administration des établissements pénitentiaires et de la réinsertion sociale ,  portant sur  « le rôle des activités sportives dans le milieu carcéral et dans la réinsertion des détenus » au profit des techniciens supérieurs en sport et des éducateurs spécialisés de la jeunesse au niveau des établissements pénitentiaires qui se sont déroulées les 18et 19 octobre 2010 au camp international des scouts Sidi-Feruch Alger , en présence de Monsieur Bourbala Fayçal Directeur de la recherche et de la réinsertion sociale des détenus, et de Madame Taous Ameyar Présidente de la fédération algérienne des échecs .

Une intéressante communication intitulée «·Quelques réflexions sur· l’apport de la pratique échiquéenne· en milieu carcéral·» a été présenté par le directeur technique national de la·Fédération Algérienne des Echecs dont voici de larges extraits. A travers cette communication, il est en fait proposé un plan de développement de la discipline en milieu carcéral dont les principaux objectifs est d’utiliser le jeu d’échecs à l’instar des autres disciplines comme une thérapie contre la pénibilité de la détention, un moyen d’épanouissement·,de formation et par conséquent de réinsertion sociale .

 

 


UNE DISCIPLINE CARREFOUR

Le jeu d’échec, étant considéré  à la fois comme   une science,  un art,  un sport et un divertissement,  représente une discipline-carrefour intéressante  dans la pratique sportive en milieu carcéral du fait d’abord de sa multifonctionnalité, de sa capacité à se propager et à s’adapter au milieu carcéral et des moyens austères qu’un tel projet engendre. La pratique échiquéenne en milieu carcéral ne doit pas être perçue seulement comme l’organisation d’une simple distraction mais aussi comme un moyen d’épanouissement de l’individu, un espace de réapprentissage des choses de la vie par un rappel et une consolidation des repères. Afin d’atteindre les objectifs conséquents à la peine infligée à l’individu, on ne doit pas bien sur s’appuyer sur le seul traitement carcéral isolant l’individu du milieu social, mais employer une thérapie à même d’atténuer  d’une part , les effets de la peine sans en faire oublier l’objet, responsabiliser  l’individu sur l’objet de sa peine et d’autre part ,  mettre  en place chez lui  un mécanisme psychologique rectificateur  à même de  favoriser une réinsertion sociale. La pratique échiquéenne doit comprendre  une fonction de gestion et de régulation de la vie carcérale en prévenant ses effets néfastes sur la santé mentale des détenus (stress, ennui.).  La pratique échiquéenne doit comprendre une fonction de resocialisation. La pratique échiquéenne  est l’occasion de sortir de sa cellule et de se mêler aux autres détenus,  donc un pas vers la réintégration sociale. Ce projet de pratique échiquéenne en milieu carcéral devra être  fondé sur deux principes : utiliser la motivation quasi spontanée  des détenus  pour le jeu d’échec en vue de susciter un intérêt ou de faciliter la compréhension vis-à-vis d’autres disciplines et des actions de la vie courante ; ensuite faire usage de l’univers artificiel créé par la règle du jeu comme modèle.

QUALITES DEVELLOPPEES PAR LA PRATIQUE DU JEU D’ECHEC

A cet effet, les qualités développées par une pratique organisée du jeu d’échec selon un programme adapté au milieu pénitentiaire,  peuvent jouer un rôle prépondérant dans l’application de ces deux principes et dans  processus thérapeutique cité plus haut :  , l'attention et la concentration  , le jugement et plan , l'imagination et la prévoyance ,la mémoire ,la volonté de vaincre, l'endurance et la maîtrise de soi , l'esprit de décision et le courage , la logique mathématique, et l'esprit d'analyse et de synthèse ,la créativité ,l'intelligence l'organisation méthodique de l'étude et le goût pour les langues étrangères,  le raffermissement du système nerveux , la faculté de distribuer son attention à des objets relativement sans liens, la sensibilité à des situations dynamiques, l’esprit de type contemplatif et combatif , un haut degré de développement intellectuel , un caractère logique de la pensée , l’objectivité et le réalisme, la mémoire spécialisée , la puissance de pensée synthétique et «sens positionnel » , la facilité de combiner, une volonté discipliné , une grande activité des processus intellectuels , la discipline des émotions et de l’affectivité , la confiance en soi, la discipline de la pensée, l’organisation correcte du raisonnement , une concentration permanente et soutenue , l’esprit d’entreprise,  l’esprit de découverte et d’invention , la persévérance , la perception  des plans du partenaire  et le décèlement de faille dans son  raisonnement , la compétition intellectuelle , la logique,  le calcul et la fantaisie , l’observation et l’analyse , la pensée déductive,  le développement d’un esprit critique , la faculté d’orientation , le développement des activités analytique et synthétique la faculté de réflexion, de raisonnement, de conclusion, le pouvoir de comparaison, de généralisation, et  prévision  l’attention, l’autonomie et  la patience .

FORMATION DES FORMATEURS

Il faut jeter les bases d’un programme de travail mettant en exergue la fonction éducative du jeu d’échec, laquelle suppose de réunir les moyens humains et matériels afin de développer en quantité et en qualité, l’encadrement, l’animation et la formation à la pratique échiquéenne  dans les établissements pénitentiaires. La première étape d’un tel projet doit s’appuyer sur la formation de l’encadrement par en premier lieu la formation de courte durée (deux jours) d’initiateurs du premier degré pouvant agir dans les foyers ou lors des récréations. Le contenu de la formation  devra porter seulement sur l’initiation et les  connaissances sur l’histoire des échecs, avec quelques anecdotes typiques (légendes de Sissa…)  Le second volet  est la formation de longue durée des initiateurs du second degré (technicien ou éducateur spécialisé) pouvant gérer une section des compétitions  et donner des cours de perfectionnement et d’arbitrage.  Le contenu de la formation concernera la mise en place d’un programme d’activités échiquéennes, l’élaboration de  séances d’entrainement à la  fois instructive et stimulante pour les détenus et les règlements et règles d’arbitrage.

« JEU POUR LE PLAISIR ET PASSER LE TEMPS »

Derrière ce slogan se cache en vérité une partie du programme proposé et dans cette optique, il y a lieu d’opter pour une politique de vulgarisation dans les foyers des établissements pénitentiaires  par la distribution d’échiquiers, la distribution de manuels d’initiation, l’initiation sous forme d’affiche  sur des panneaux l’organisation périodique d’exhibition : simultanées, bref explication initiatique, la confection des échiquiers, des pièces et des échiquiers muraux par les détenus. Les objectifs étant, la vulgarisation du jeu, l’instauration d’un respect entre détenus dans leur vie de tous les jours, l’installation  d’une certaine culture du jeu d’échec et des jeux de réflexion, le rassemblement  des détenus autour d’un échiquier, la pratique d’un jeu incitant à la réflexion et au calme avec des règles parfaitement définies. La vie en communauté, le respect des règles du jeu, de l’adversaire, maîtrise de soi, socialisation, acceptation de  la défaite, contrôle des réactions, découverte du sens de l’effort pour persévérer dans l’apprentissage du jeu .   A noter que l’encadrement doit être assuré par un initiateur du premier degré qui interviendra comme témoin des règles du jeu, conteur d’histoires autour du jeu d’échec et  comme prospecteur.

« PROGRESSER ET DEPASSER LE TEMPS »

Dans cette deuxième partie du programme, il y a lieu de favoriser les volets suivants : travaux manuels, confection d’échiquiers avec pièces, échiquiers muraux  avec pièces,  réalisation d’une bibliothèque spécialisée, conception de panneau d’affichage avec la résolution d’un problème hebdomadaire , la lecture et suivi de l’actualité et histoire du jeu d’échec , l’organisation de tournoi interne (Championnat de cellule, championnat de l’établissement), tournoi inter pénitencier , parties par correspondance , entrainement en groupe , analyse collectives et commentaires de parties, Concours de résolution de problème, parties rapides, partie longue, parties à l’aveugle, partie en groupe.   entrainement individuel, résolution de problème, Analyse et commentaires des parties, des feuilles d'exercices à réaliser en cellule. Les objectifs de ce deuxième palier du programme sont : faire entrer le détenu  dans un cycle à même d’atténuer les effets négatifs de la détention (entrainement, compétitions, travail à domicile, exposé ….) l’habituer à se poser des questions sur la position  donc sur sa propre situation , lui apprendre la maitrise et le respect des règles du jeu d’échec  forment  et corrigent consciemment et inconsciemment les mœurs et la personnalité du détenu , l’inciter à constituer un recueil  de ces propres parties, répondre enfin  à une des préoccupations fondamentales qui est celle de donner  la possibilité à chaque  détenu d’avancer à son  propre rythme.  L’encadrement est assuré par un initiateur du second degré appelé à  gérer une section des compétitions  et à donner des cours de perfectionnement et d’arbitrage. Celui-ci doit nécessairement posséder un matériel pédagogique de qualité afin de stimuler autant que possible l’intérêt du jeu d’échec chez  le détenu

FORMATION ET REINSERTION

Cette troisième partie du programme basé sur la formation (Formation d’initiateur du 1er et 2ème degré , Formation d’arbitre du 1er degré)  est essentielle dans la politique de réinsertion sociale des détenus .Parmi les objectifs , il y a lieu de signaler  le rapport avec les règles et le règlement théorique et pratique la construction  d’un autre projet de vie , le développement de  la sociabilité du détenu, c’est-à-dire sa capacité à endosser et à assumer différents rôles sociaux (animateur, arbitre). La compréhension de  « la règle » en la restituant  dans un contexte plus général que celui du jeu d’échec, de la faire appliquer et surtout de l’appliquer soi-même , l’apprentissages techniques et la maîtrise de soi transférable dans d’autres situations de la vie quotidienne , une meilleure gestion de soi et du groupe , raisonner du général pour arriver au particulier ,bénéficier du rôle de l’arbitrage, développement des capacités à agir logiquement et consciemment et de se défaire le plus possible de l’influence négative d’un environnement , une réussite dans les domaines de l’arbitrage, et de l’animation sportive constituera probablement la première réussite dans le parcours de la réinsertion sociale. Dans cette optique, l’encadreur doit être  en relation avec la fédération spécialisée.

CONCLUSION

En conclusion, le jeu d’échec  peut aider  le détenu  à s’adapter  aux conditions de détention par  une initiation aux activités intellectuelles car le détenu doit se soumettre aux règles de la vie carcérale, il doit savoir se contrôler, se concentrer, être discipliné et organisé. Il doit être initié aux raisonnements logiques, il doit savoir observer et mémoriser. C'est pour  le détenu  l'occasion d'avoir un contact avec l'extérieur et de se valoriser par le biais de la réflexion induite par le jeu d’échec. Les apports pédagogiques de notre jeu ont un impact réel sur les détenus en termes de socialisation.  Un détenu passif et oisif qui n’est pas initié aux activités intellectuelles ou sportives  et qui n’aime pas réfléchir éprouve de grandes difficultés d’adaptation au milieu carcéral. Le jeu d’échec peut venir ici en aide comme un bâton magique. Le jeu forme les sentiments de l’individu, ses qualités morales. Le rôle du jeu d’échec  dans le développement d’une personne, indépendamment de son âge, de sa profession, de sa qualification échiquéenne, est évident .La vulgarisation du jeu d’échec en milieu carcéral est plus que souhaité, elle est impérative.